La grève
Ce mardi 10 septembre à la gare de Liège Guillemins, des milliers de manifestants se sont rassemblés pour protester contre les coupes budgétaires dans l’enseignement. Parmi les manifestants se trouvaient enseignants, étudiants, retraités ainsi que des enseignants de Flandre présents en solidarité.
Les coupes budgétaires en Fédération Wallonie-Bruxelles dans l’enseignement risquent de mettre en péril près de 2.000 emplois. Mais par quels moyens pouvons nous résister à ces mesures? Notre Commission sur l’éducation a interviewé un enseignant et membre de la CGSP/ACOD pour répondre à cette question.
L’interview
Pourquoi faites vous grève aujourd’hui?
Notre grève a pour cible la politique du gouvernement MR-Les Engagés au niveau de la Communauté Française. Sous couvert d’un débat sur le budget, c’est une attaque idéologique sur les opportunités d’émancipation sociale par l’école et l’éducation.
Quels sont les effets de leurs mesures sur la qualité de notre éducation, et quel impact ont-elles sur les conditions de vie des professeurs et des étudiants?
Il y a de nombreuses réformes et mesures qui nous affectent nous et nos élèves, en particulier ceux qui proviennent de milieux défavorisés. Par exemple, la décision gouvernementale de l’année dernière sur le NTPP; Le nombre d’heures d’enseignement pour les professeurs en fonction sont basés sur le nombre d’élèves dans l’école. Les écoles de l’enseignement technique et professionnelle ont eu leur NTPP réduits de 3% pour qu’elles soient Alignées avec le NTPP des écoles de l’enseignement général.
Nous savons que nos élèves de technique et professionnelle nescéssitent plus d’attention. Cela a un effet double: nous perdons des collègues et nos classes deviennent surpeuplées. En conséquence de quoi, nos conditions de travail se détériorent. De plus, le gouvernement a décidé de supprimer certaines filières pour la septième année technique ou professionnelle, forçant ainsi ces élèves à interrompre leur formation. Ce qui par conséquence nous fait perdre de plus en plus de collègues.
Comment le gouvernement a-t-il tenté de justifier ces politiques d’austérité ?
Le ministre a déclaré que ces formations seraient transférées vers des « écoles de promotion sociale », mais la réalité s’est souvent avérée différente. Même si je suis certain que ces écoles de promotion sociale n’auraient pas mis fin au capitalisme, elles représentaient pour certaines personnes un moyen d’échapper à leur situation et de s’épanouir. Aujourd’hui, on leur a donné un nouveau nom : « formation pour adultes », et les formations doivent être adaptées aux besoins du marché. Cela signifie que de nombreuses formations sont supprimées.
Le gouvernement a même voulu abroger notre statut, qui nous protège des ingérences politiques mais définit également notre rôle en tant que service public. L’abrogation de cette loi et la mise en place de contrats (à durée déterminée) ne nous apporteront ni stabilité ni protection contre les ingérences politiques. Pire encore, ces contrats mettent l’accent sur les objectifs et la performance. Cela rend encore plus évidente la logique de gestion de ces gouvernements bourgeois.
Nos bâtiments sont tellement vétustes qu’ils ne permettent plus d’enseigner dans des conditions décentes. Mais au lieu de débloquer des fonds pour leur rénovation, le gouvernement a réduit la subvention allouée aux bâtiments.
Le gouvernement a tenté de nous diviser en prolongeant de deux heures l’emploi du temps des « professeurs de secondaire supérieur », afin de l’aligner sur celui de nos collègues du secondaire inférieur.
Quel est le résultat de ces deux heures supplémentaires ?
Cela a eu plusieurs conséquences négatives : ces deux heures supplémentaires ne sont pas rémunérées, et ajouter deux heures à un emploi du temps à temps plein de 20 heures – pour le porter à 22 heures – signifie que pour dix enseignants, nous perdons un collègue. Cela signifie également que nous devons effectuer la même charge de travail avec moins de collègues et donc avec davantage d’élèves par classe. Les emplois du temps de nombreux collègues sont répartis entre plusieurs établissements, ou bien nous partageons un même cours entre plusieurs collègues. Par exemple, les élèves qui ont 5 heures de français par semaine peuvent avoir 2 ou 3 professeurs différents pour ces cours.
Vous avez dit que les réformes visaient les familles à faibles revenus. En quoi tout cela les affecte-t-il ?
Le décret relatif aux « écoles gratuites » a également été modifié, ce qui permet aux écoles de déterminer elles-mêmes qui a besoin d’aide. En conséquence, les repas gratuits ne sont plus proposés ou sont réduits dans les écoles maternelles et primaires, alors que l’on sait que certains élèves ne mangent pas à la maison.
Enfin, le montant total des frais de minverval s’élève désormais à environ 1 200 euros pour les universités et les hautes écoles. Auparavant, il s’élevait à 835 euros pour l’université, mais dans certains établissements d’enseignement supérieur en particulier, il était de 175 ou d’environ 300 euros. La principale conséquence est donc que de nombreux élèves, en particulier ceux issus de milieux sociaux défavorisés, n’auront aucune chance d’accéder à l’enseignement supérieur.
Au regard de la grève d’aujourd’hui, quelle est la voie à suivre pour surmonter ces problèmes ?
Aujourd’hui, il y a eu une mobilisation importante d’environ 15 000 personnes, selon les syndicats. Mais ce dont nous avons besoin dans la période à venir, c’est de pousser les syndicats à mettre en place une stratégie de lutte, avec une unité d’action, un plan et des tactiques coordonnés et organisés.
Pour ce faire, nous avons le travail suivant à accomplir au sein des syndicats :
1) Allons au-delà du débat budgétaire et approfondissons le débat idéologique. Quel type d’écoles voulons-nous vraiment et de quoi les élèves ont-ils besoin ? Pour cela, nous pouvons nous appuyer sur la charte CGSP-ACOD afin de développer une vision d’une école émancipatrice.
2) Nous devons faire valoir nos revendications (moins d’élèves par classe, réinvestissement dans l’éducation). Se contenter de réagir aux attaques du gouvernement n’est pas la bonne approche, car nous continuons alors à « oublier » les attaques précédentes, tandis que chaque gouvernement continuera à en planifier de nouvelles.
3) Nous devons canaliser la colère légitime de nos collègues et de nos élèves vers des objectifs politiques.
4) Nous devons organiser et coordonner nos actions (et, dans la mesure du possible, les étendre à la Flandre et à un niveau interprofessionnel).
5) Nous devons nous tourner vers les mouvements éducatifs d’autres pays et échanger nos expériences avec eux. En particulier en Espagne et en France, où, l’année dernière, la CCOO Educación a organisé de nombreuses grèves, tout comme la CGT Éduc’Action. Partout en Europe, les enseignants et les élèves sont confrontés aux mêmes problèmes.
Notre voie à suivre
Alors que nos gouvernements s’en prennent à la classe ouvrière et à ses acquis, notre classe reste divisée et se bat entre elle pour des miettes. Les luttes menées dans le secteur de l’éducation au sein des Communautés française et néerlandaise n’ont pas encore abouti à une stratégie capable de renverser la tendance en faveur des enseignants et des élèves. Nous devons dépasser le débat budgétaire et faire avancer la lutte des classes ; pour cela, la classe ouvrière et sa jeunesse ont besoin de leur propre organisation.
Notre Commission de l’Éducation analyse la situation du système éducatif en Belgique. Son travail fournit à nos membres du secteur de l’éducation des orientations pour s’impliquer dans la lutte syndicale et tisser des liens entre les élèves, les étudiants et la classe ouvrière. Grâce à nos cellules de base, nos membres peuvent échanger leurs expériences et s’organiser au sein de leurs écoles et universités.
Comme indiqué précédemment, les problèmes du système éducatif belge ne sont pas isolés. Ils sont profondément enracinés dans le capitalisme impérialiste, les efforts de militarisation de l’Europe et les mesures d’austérité visant à rester compétitifs sur le marché mondial. Notre Commission Internationale échange des expériences avec les partis communistes et les organisations de jeunesse engagés dans la lutte pour l’éducation et la lutte syndicale dans leurs pays respectifs. Dans cet esprit, nous souhaitons recommander à tous nos élèves le texte « De quel type d’école avons-nous besoin aujourd’hui ? » rédigé par la Jeunesse communiste de Grèce https://int.kne.gr/publications/what-kind-of-school-do-we-need-today/ (disponible en version papier dans votre cellule de base la plus proche).
Le socialisme est la seule solution, mobilisez-vous à l’approche de la deuxième Assemblée Nationale de la JCB !
En ce qu’il en est d’une année scolaire combative et des grèves du 9 octobre et de la semaine du 23 novembre.
- Photos : CGSP Enseignement
