Des classes surchargées, des enseignants épuisés, des salles de classe glaciales en hiver et brûlantes en été, des bâtiments qui tombent littéralement en ruine : tels sont les problèmes qui poussent depuis le début du mois des foules d’élèves français, wallons et bruxellois à descendre dans la rue. Les revendications des jeunes sont claires : assez avec les mesures d’austérité, la jeunesse veut un avenir, et cet avenir doit commencer par une éducation de qualité.
Au lieu d’écouter ces revendications des élèves, de mettre fin à la politique d’austérité et d’investir davantage dans l’éducation, les gouvernements bourgeois de France, de Wallonie et de Bruxelles réagissent de la seule manière qu’ils semblent connaître : la répression policière. Des gendarmes lourdement armés qui frappent des mineurs à coups de matraque et de bouclier, un policier qui met une jeune fille de 14 ans en prise d’étranglement, des foules de jeunes dispersées à coups de gaz lacrymogène et de canons à eau, un adolescent de 15 ans qui perd une main à cause d’une grenade aveuglante : comme d’habitude, les forces de l’ordre ne font preuve d’aucune pitié. Ils prétendent qu’il s’agit d’une réaction à la violence des lycéens : ils doivent empêcher ces « émeutiers » de semer le chaos et de rendre les rues dangereuses. Il semble qu’il soit plus important de protéger la propriété privée que de préserver l’avenir de la jeunesse.
Soyons clairs : les lycéens recourent bel et bien à la violence lors de leur manifestation, ils allument de petits feux et lancent des feux d’artifice sur les forces de l’ordre lorsque celles-ci chargent. Mais la violence des lycéens est d’une nature différente de celle des forces de l’ordre. La violence des lycéens est celle des opprimés et de ceux dont la voix n’est pas entendue. D’une part, ils se défendent contre la présence d’une force de police militarisée qui, elle-même, provoque et crée des prétextes pour justifier la violence. D’autre part, ils cherchent un moyen de se faire entendre. Les jeunes sont rarement pris au sérieux lorsqu’ils se battent pour leurs droits. Lorsqu’un élève descend dans la rue, on le considère comme un opportuniste qui ne cherche qu’à manquer une journée d’école et à semer un peu le trouble ! Si l’on n’est pris au sérieux d’aucune manière pacifique, pourquoi se retenir?
Mais bien sûr, on n’entend pas cette version des faits dans les médias traditionnels. Ceux-ci reprennent sans discernement le discours des forces de l’ordre, qui parlent d’une « réaction proportionnée » face à des « émeutiers » ou à des « infiltrés antifascistes masqués » qui provoqueraient les policiers et sèmeraient le chaos sans raison. Un beau récit qui détourne l’attention de la raison pour laquelle ces jeunes descendent dans la rue. Ce n’est bien sûr pas une surprise : sous le capitalisme, les médias restent un instrument destiné à dénigrer sans relâche tout ce qui s’oppose au système. Ce qui est en revanche surprenant, c’est que les syndicats et les partis sociaux-démocrates reprennent en grande partie ce discours.
Les jeunes étaient présents lors de la journée nationale d’action du syndicat socialiste, le 9 octobre. Ce jour-là, les syndicalistes sont descendus dans la rue pour exprimer leur mécontentement face à la politique d’austérité de l’Arizona ; leur adversaire est donc le même que celui des lycéens. Comme d’habitude, la police était présente, lourdement armée, et cherchait la confrontation avec les jeunes. Ceux-ci ont réagi, ce qui a débouché sur une répression et des destructions. Les dirigeants syndicaux se sont immédiatement efforcés de faire la distinction entre les jeunes émeutiers violents, qui n’étaient là que pour tout saccager, et les braves syndicalistes, venus poliment demander au gouvernement de ne pas trop réduire les dépenses et peut-être même d’instaurer un impôt sur les millionnaires. La réaction des syndicats belges face à la répression policière contraste fortement avec celle des syndicats français. En France, les syndicats se placent entre les lycéens et la police. Les enseignants, les pompiers et les gilets jaunes protègent les jeunes et font preuve de solidarité. Ce qui a commencé par le mécontentement des jeunes face à la situation de leur système éducatif s’est transformé en un mouvement populaire militant qui fait savoir qu’il en a assez des mesures d’austérité.
En Belgique, nous devons nous inspirer de l’action des syndicalistes français, qui reconnaissent que la colère de la jeunesse, sous toutes ses formes, est justifiée. Ils reconnaissent que leurs adversaires sont les mêmes et que leurs luttes sont indissociables. « La CGT soutient les lycéens, leurs revendications sont légitimes ». Tel est l’un de leurs slogans ; prenons-le à cœur et ne laissons pas s’instaurer de fracture entre la jeunesse et les syndicats. Il semble que la lutte va encore faire rage pendant un certain temps, ce qui permettra à la jeunesse d’en tirer des leçons importantes. D’une part, des leçons pratiques sur la meilleure façon de s’organiser, mais aussi des leçons théoriques. La lutte pour une meilleure éducation ne s’arrête pas à l’arrêt des coupes budgétaires ; elle ne s’arrête pas à des subventions supplémentaires ou à un impôt sur les millionnaires. Ce ne sont là que des solutions temporaires, des concessions d’une bourgeoisie qui ne veut pas que l’on s’attaque au véritable cœur des problèmes : le système capitaliste.
