Selon le Rainbow Map, la Belgique est l’un des pays les plus progressistes en matière de droits LGBTQI+. Pourtant, notre pays ne parvient pas à garantir une existence digne à la majorité des personnes queer issues de la classe ouvrière: celles qui sont salariées, au chômage ou sans ressources. Nos responsables politiques affirment que nos droits sont acquis, ou qu’il suffit de lutter pour les protéger et les améliorer par le biais de réformes, mais les chiffres racontent une autre histoire.
Malgré l’existence de la législation anti-discrimination, les personnes de la communauté LGBTQI+ sont toujours confrontées à la violence et à l’intimidation du simple fait d’être queer. En 2023, plus de 93 % d’entre elles ont déclaré avoir subi des violences psychologiques et verbales. 36 % d’entre elles ont elles-mêmes été agressées physiquement ; dans les cas les plus graves, cela conduit au meurtre.
Nous avons « le droit d’aimer » et « le droit d’exister », mais la majorité des personnes queer ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts chaque mois. Au travail, elles sont victimes de harcèlement, d’agressions verbales et physiques. Dans leur recherche d’emploi, de logement et de soins, toutes les personnes queer, mais en particulier les personnes trans et non binaires, sont confrontées à la discrimination, ce qui accroit leur risque de pauvreté, de chômage et de sans-abrisme.
Ce que ces faits démontrent, c’est que malgré tous les droits sur le papier que les dirigeants accordent à la classe ouvrière, y compris aux personnes queer, notre État capitaliste ne parvient pas à apporter des solutions durables à nos préoccupations et à nos besoins, et échoue à nous libérer des inégalités et de la discrimination. La lutte pour les droits et les réformes est importante, mais elle doit aller au-delà du système qui est à l’origine de ces problèmes.
Pinkwashing et capitalisme arc-en-ciel
Partout, de Stonewall à New York à De Rooie Vlinder à Gand en passant par le LGSM au Royaume-Uni, le mouvement de la Pride est né au sein de la classe ouvrière. Mais aujourd’hui, des entreprises adeptes du pinkwashing, des organismes publics tels que la police et des partis comme la N-VA, le MR et Vooruit, mais aussi les Verts et le PS, se voient accorder une place dans les défilés.
Ce sont ces mêmes partis, entreprises et services de police qui, depuis des années, s’attaquent aux droits collectifs de la classe ouvrière, touchant ainsi souvent les personnes queer le plus durement. Ces capitalistes arc-en-ciel espèrent, grâce à une image pro-queer, « pinkwasher » leurs attaques contre tous les travailleurs, y compris les travailleurs queer, en les enrobant d’un vernis rose progressiste.
Classe
Même les Petra De Sutter de ce monde et les capitalistes tels que Peter Thiel, malgré leur identité, leurs logos arc-en-ciel ou leur soutien déclaré à l’émancipation queer, protègent précisément ce même système pourri qui perpétue la pauvreté, l’oppression et la discrimination. Ils défendent toujours en premier lieu leurs propres intérêts de classe, qui sont incompatibles avec ceux de la classe ouvrière, et donc avec ceux de la majorité des personnes LGBTQI+.
L’objectif de ces capitalistes arc-en-ciel est, au mieux, d’offrir aux personnes queer des chances plus égales de participer au système qui est à la base de l’exploitation et de la discrimination. Pour la classe ouvrière et la majorité des personnes queer qui en font partie, peu importe que la personne qui organise les coupes budgétaires et leur retire leurs revenus soit queer ou non. Ces capitalistes s’opposent à leurs intérêts de classe, quelles que soient leur orientation sexuelle ou leur identité de genre.
Diviser pour mieux régner
Face aux capitalistes arc-en-ciel qui veulent nous endormir avec des droits imparfaits et purement théoriques, il y a les capitalistes qui considèrent les droits des personnes queer comme quelque chose de conditionnel. Lorsque le système replonge dans une crise, la classe dominante met tout en œuvre pour diviser les travailleurs et les empêcher de s’unir en tant que classe révolutionnaire. Ou bien elle détournera la lutte pour les droits des personnes queer afin de rallier des soutiens à ses guerres impérialistes et à ses génocides, comme en Palestine et en Iran. La queerphobie, le racisme, le sexisme, le capacitisme et d’autres méthodes de division constituent les outils les plus efficaces pour contrecarrer l’unité de la classe ouvrière.
La classe ouvrière n’a rien à gagner de la « fierté » du capitalisme arc-en-ciel ni de la politique de « diviser pour régner » menée par des capitalistes plutôt conservateurs. Ceux et celles qui ont conscience de l’incompatibilité entre nos besoins en tant que classe et le capitalisme savent que seule la lutte commune avec leurs camarades de classe, quels que soient leur genre, leur sexualité ou leur origine, contre les exploiteurs et les oppresseurs peut soulager la misère de l’ensemble de la classe ouvrière.
Que faire ? Reprenons notre Pride !
Tant qu’un petit groupe de capitalistes détiendra le pouvoir sur ce qui est produit, sur la manière dont la richesse est répartie et sur la nature de nos droits, l’émancipation des personnes queer et de la classe ouvrière dans son ensemble restera impossible. Ce dont nous avons donc besoin, c’est du renversement de ces détenteurs du pouvoir, d’une révolution contre la cause même de l’exploitation, de l’oppression et de la discrimination : le capitalisme.
La Pride n’est pas et ne restera pas seulement une fête et une commémoration, mais avant tout une manifestation, un moment de lutte des classes radicale. Un moment où les personnes queer et non queer opprimées se rassemblent, s’organisent, échangent leurs expériences et leurs connaissances, dénoncent les dysfonctionnements de ce système et luttent pour le renversement de celui ci. Il ne suffit pas de nous rendre visibles, de peindre des logos et des passages piétons aux couleurs de l’arc-en-ciel. Notre meilleure arme contre la discrimination et l’oppression organisées par les dirigeants, c’est notre propre organisation en tant que camarades, en tant que classe ouvrière.
Les conditions nécessaires à l’émancipation définitive des personnes queer et de tous les autres groupes minoritaires défavorisés au sein de la classe ouvrière ne peuvent être réunies que dans un système économique capable de satisfaire les besoins fondamentaux de chacun. Un système économique qui ne traverse pas de graves crises toutes les X années. Un système économique qui ne repose pas sur les guerres impérialistes et l’exploitation d’une sous-classe permanente. La seule voie à suivre pour les personnes queer et le reste de l’humanité, c’est le socialisme.
La lutte queer est une lutte de classe, la Pride appartient à la classe ouvrière !
À bas le capitalisme, luttons pour le socialisme !
À bas les inégalités, l’absence de droits et la discrimination sous toutes ses formes !
Pour l’avenir et la libération des personnes queer et des travailleurs !
- Commission « Lutte des femmes et égalité des genres » de la JCB
